Néo-Rédacteur : L’avenir, la peur et nos 4h30 de vie perdue…

Eh Bonjour tout le monde ! 👋

Je me demande si le sort du rédacteur web ne s’inscrit pas, finalement, dans une histoire actuelle bien plus vaste. Voilà 46 ans que je foule cette terre et, pour la première fois, je traverse une époque qui ne m’inspire aucune confiance en l’avenir.

Quand je repense à mes jeunes années, c’était le festival de tous les possibles. Nous pouvions devenir qui nous voulions, portés par un modèle américain nous assurant que tout était réalisable.

Les nouvelles technologies nous émerveillaient, promettant des lendemains radieux, gorgés d’amour, de divertissement et d’opportunités.


Puis, les réseaux sociaux ont surgi.

Loin de moi l’idée d’un dénigrement facile, mais je deviens un fervent partisan d’une théorie que l’on pourrait juger complotiste : leur arrivée a changé le monde. Ils ont métamorphosé les citoyens en gisements financiers exploitables à l’infini.

Désormais, tous nos appareils briguent notre temps d’attention et nous saturent de publicité, usant de tous les stratagèmes, même ceux qui nous affectent le plus, pour mieux nous influencer et nous vendre tout ce qu’ils peuvent.

La moyenne des notifications sur un smartphone ? Près de 500 par jour.

Sans vigilance, on estime qu’un individu est exposé quotidiennement à environ 3 000 publicités.

Je mesure à quel point tout a pris des proportions démesurées.

Nos consoles de salon offrent des loisirs s’étirant maintenant régulièrement sur 100 heures, avec pour principal concurrent déclaré Netflix.

Les téléphones, toujours plus séduisants, déploient des trésors d’ingéniosité pour nous inciter à partager davantage de notre vie sur des réseaux qui exploitent les neurosciences afin de nous garder captifs.

Le créateur du scrolling infini a d’ailleurs présenté des excuses publiques pour avoir, selon ses mots, détruit la planète.

Le chiffre d’affaires de ces géants reposant uniquement sur la publicité, ils déploient des efforts titanesques pour nous maintenir enfermés dans leur écosystème.


Il n’y a plus d’abri.

En parallèle, le monde extérieur nous terrifie chaque jour un peu plus.

Les États-Unis, notre modèle de cœur depuis des décennies, vacillent.

Je fais partie de cette génération née sous cette influence positive, biberonnée à la musique, aux séries et aux dessins animés américains (et japonais, certes). J’ai délaissé ma propre culture pour la leur.

Or, ces États-Unis sont aujourd’hui perçus par près d’un Européen sur deux comme un ennemi vital de l’Europe.

La guerre fait aussi rage à nos frontières, l’immigration incontrôlée en Europe alimente nos pires fantasmes (et pires discours) et le dérèglement climatique finit de semer le chaos : le froid envahit en ce moment-même l’Amérique, des déluges se sont abattus sur l’Allemagne et la Belgique il y a peu, la nature brûle en Espagne ou en Australie et une partie de l’Afrique s’assèche.

Face à cela, tout le monde cherche refuge sur ces fameux réseaux sociaux qui font la fortune de quelques-uns.

Ils sont devenus le haut lieu de l’influence, car c’est là que réside désormais toute la clientèle.

Chacun s’y presse donc pour vendre ses produits en usant des techniques les plus abjectes, à commencer par la fausse amitié simulée. Ils nous influencent ainsi directement, ou paient ceux que nous aimons pour le faire.

Vous me direz, à juste titre, que cela n’est pas nouveau : la télévision le faisait déjà.

Nos émissions préférées étaient entrecoupées de réclame, pas vrai ?

Ce fut un choc pour moi lorsque j’ai compris que la télévision vendait de la publicité et achetait des programmes uniquement pour nous placer devant l’écran le temps de leurs diffusions.

Aucun programme ne mérite d’exister s’il ne vend pas de pub.

“Le temps de cerveau disponible”, pour la référence la plus honnête de la télévision.

On peut remonter plus loin encore, à la presse écrite : sous couvert d’information et de vérité, les pages se sont peu à peu remplies de publicité, car l’influence reste le nerf de la guerre et que ça rapportait beaucoup de fric en pub, la presse écrite.


Mais aujourd’hui, la machine a déraillé, c’est une certitude.

Depuis toujours, les vendeurs veulent faire connaître leurs produits et influencer les masses. Mais nous sommes désormais au cœur d’une véritable guerre : celle de l’attention.

Tout le monde la convoite et rivalise d’ingéniosité pour la capturer et la monétiser.

De Spotify à Netflix en passant par le Microsoft Game Pass, aucun service ne veut plus vous lâcher. Tous veulent vous exploiter le plus longtemps et le plus fort possible.

Personne ne souhaite vous offrir ce que la vie a de sain ou de gratuit.

On vous persuade que lire sur un écran vaut mieux que le papier, ou que la musique doit être consommée en illimité plutôt que d’acheter, chérir et réécouter vos CD.

On vous fait croire qu’avoir accès à 100 000 films est préférable à la possession de quelques chefs-d’œuvre (ou un abonnement à la médiathèque de votre ville qui a des DVD au prêt).

Ces abonnements sont si peu onéreux que vous en venez à préférer l’écran au cinéma ou à un verre en ville. “Netflix and Chill”.

Vous privilégiez YouTube ou des heures sur TikTok plutôt qu’un appel à un vieil ami, craignant qu’une conversation réelle soit plus longue, moins excitante qu’une heure de scroll dopée à la dopamine (ressentie 10 minutes).

C’est un monde étrange où j’ai le sentiment que nous sommes des cibles de plus en plus paralysées par leur guerre.

Si, comme moi, vous avez l’impression que le temps vous file désormais plus que jamais entre les doigts, que vos journées sont pleines mais vaines, et que le moindre projet de sortie vous semble une montagne à caler dans l’agenda sans raison valable… regardez votre téléphone une seconde.

Interrogez-vous sur son rôle dans cette tragédie.

  • Combien de fois vous interrompt-il quand vous tentez de vous concentrer ?
  • Combien de fois l’ouvrez-vous lors du moindre temps de chargement pour passer le temps ? 
  • Combien de fois devient-il votre récompense après un travail accompli ?
  • Combien de fois perdez-vous la notion du temps devant ces vidéos qui défilent d’un simple mouvement de doigt ?


Les chiffres sont implacables.

Même si vous ne faites pas encore partie de cette génération, la moyenne mondiale sur TikTok est de 4h30 par jour.

4h30 de vie amputées pour regarder des vidéos qui n’apportent rien d’autre que du divertissement oubliable.

Puis, vous grignoterez encore quelques instants sur YouTube, suivant les pérégrinations de créateurs qui vivent, s’amusent, angoissent et font des burn-out pour plaire à un algorithme qui ne les recommande jamais assez.

Le soir, vous lancez encore Netflix au lieu de lire, sortir, jouer à des jeux de société, vivre.

Savez-vous que la plateforme impose à ses scénaristes de simplifier l’intrigue et la répéter plusieurs fois pour s’assurer que les spectateurs, rivés à leur téléphone, comprennent l’histoire ? Ça donne des films sans qualité, des films “Netflix”, et ils veulent aujourd’hui racheter la Fox et toutes ses licences qu’on adore. Ça promet un effondrement de l’art cinématographique dans les années à venir, et toujours plus de gens pour les regarder.

Nous vivons dans un monde qui a instrumentalisé les rêves des uns pour capturer l’attention des autres.

TikTok est le royaume de l’amateurisme : personne n’y gagne vraiment sa vie, mais son impact sur le monde est gigantesque, paralysant, abrutissant. Ça aspire du temps de vie par tonne en échange de beaucoup d’argent que personne ne touche à part l’entreprise.


Aujourd’hui, je tente de ne plus être dupe de ce consumérisme.

Je fais des choix radicaux : j’utilise des téléphones vieux de dix ans, enfin incapables de faire tourner ces systèmes, ou je reviens à des versions d’OS antérieures, moins intrusives, moins sexy, moins désirables.

Je privilégie des appareils moins ergonomiques pour mes films et séries, créant volontairement de la friction et nécessitant plus de temps, plus d’effort pour y accéder.

Je favorise l’écoute d’albums que je connais et suis plutôt que leur océan de reprises sans saveur, noyées dans des playlists fades, car nous avons aussi une vie à vivre plutôt qu’à consommer voracement ce qu’on crée pour nous appâter.

Je lis beaucoup plus aussi, sur papier ou liseuse, à condition que l’appareil soit muet.

J’ai d’ailleurs coupé toutes les notifications sur tous mes appareils, sauf SMS, WhatsApp et le téléphone. Plus rien ne sonne autrement, car en dehors des gens qui veulent vous parler, rien n’est important. Et je ne réponds pas tout de suite non plus.

J’essaie de ne plus surveiller mes e-mails en permanence.

Sur mon ordinateur, j’ai installé “Jomo”, une appli qui bloque l’accès aux réseaux sociaux via un code complexe et une limitation de temps.

C’est finalement un travail de désengagement profond, de retour à soi, aussi vide et plein d’ennuis que cela semble être, un chemin nécessaire pour préserver mon sommeil, ma santé et ma vie sociale. Le vide se remplit alors de soi.

Des entreprises sans scrupules tentent de tout me prendre, et de m’expliquer que je ne me suffit plus. Plus je reste chez moi à consommer leurs produits — qu’eux-mêmes ne consommeraient pas —, plus je les enrichis. C’est leur unique intérêt pour moi.


Il faut réussir à changer la donne.

Si nous voulons préserver nos acquis — une vie satisfaisante où la santé, le temps libre, le bien-être, l’amitié et la famille priment —, il faut agir.

Nous avons tous cette tentation du repli face à un monde anxiogène, voyant les réseaux, jeux et films comme des refuges sûrs. Mais c’est là qu’il faut puiser le courage de fermer ces portes pour ne plus engraisser les puissants qui détruisent nos vies et asservissent le monde à leur volonté.

Une prise de conscience est nécessaire sur la vie que vous souhaitez mener.

Avez-vous déjà mis en place une stratégie, des outils pour reconquérir votre existence ?

Avez-vous réalisé à quel point tout cela a pris une place démesurée ?

Je serais curieux de lire vos réponses.

À très bientôt,
David Gos, du Cercle des Rédacteurs

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